Cette semaine marque un tournant dans le paysage de l’intelligence artificielle avec trois événements majeurs qui révèlent une fragmentation profonde de l’industrie.
Le premier événement concerne le blocage de Seedance 2.0, le générateur vidéo de ByteDance lancé en Chine le 12 février 2026. L’outil a immédiatement permis aux utilisateurs de créer des contenus de qualité cinématographique mettant en scène des personnages protégés comme ceux de Game of Thrones, Marvel ou Star Wars.
Hollywood a réagi violemment, Disney accusant ByteDance d’avoir intégré une bibliothèque entière de personnages protégés directement dans l’architecture du système, les présentant comme libres de droits. Cinq studios majeurs ont poursuivi l’entreprise, et le 15 mars, ByteDance a suspendu le déploiement international de Seedance 2.0.
Cependant, le modèle continue de fonctionner parfaitement en Chine, et des services tiers proposent déjà un accès API aux développeurs étrangers. Cette affaire illustre la collision entre la puissance des modèles génératifs et les structures juridiques du monde réel.
Le deuxième événement majeur concerne AutoResearch, un outil publié par Andrej Karpathy, ancien directeur de l’IA chez Tesla et cofondateur d’OpenAI. Avec seulement 630 lignes de code, cet agent IA transforme n’importe quel ordinateur équipé d’une carte graphique en laboratoire de recherche autonome. L’agent modifie le code, lance des entraînements et mesure les résultats de manière autonome pendant la nuit.
Le dépôt GitHub a atteint 30 000 étoiles en une semaine, l’un des plus rapides de l’histoire de la plateforme. Testé sur deux jours avec un GPU H100, l’agent a exécuté environ 700 modifications et identifié une vingtaine de changements efficaces, réduisant le temps nécessaire pour atteindre le niveau de ChatGPT2 de 11%. L’agent a même repéré des optimisations que Karpathy lui-même n’avait pas vues avec ses 20 ans d’expérience.
Tobi Lutke, PDG de Shopify, a adapté l’outil et obtenu un modèle de 800 millions de paramètres qui battait un modèle de 1,6 milliard de paramètres configurés manuellement, avec 19% de gains. Le réseau Hyperspace AI a poussé le concept plus loin avec 35 agents distribués sur un réseau pair à pair, réalisant 333 expériences en une nuit sans supervision.
Le troisième événement concerne la création d’AMI Labs par Yann Le Cun, prix Turing 2018 et ancien directeur de la recherche IA chez Meta. Le 10 mars 2026, il annonce depuis Paris avoir levé un milliard de dollars pour une valorisation de 3,5 milliards, la plus grande levée d’amorçage jamais réalisée par une entreprise européenne. La vision de Le Cun est radicale : les grands modèles de langage sont une impasse. Il propose les World Models, l’idée que l’intelligence ne commence pas dans le langage mais dans l’expérience du monde réel, en apprenant les lois de la physique et les interactions spatiales.
Les investisseurs incluent Jeff Bezos, Eric Schmidt, Xavier Niel, Mark Cuban, Tim Berners-Lee, Toyota, Nvidia et Samsung. Le siège sera à Paris avec des bureaux à New York, Montréal et Singapour, faisant d’AMI l’un des rares laboratoires d’IA de pointe qui ne sont ni chinois ni américains.
Ces trois histoires convergent pour montrer une fragmentation du paysage de l’IA. Seedance illustre ce qui se passe quand la puissance brute de l’IA générative percute les structures juridiques. AutoResearch montre que l’IA commence à optimiser ses propres fondations de manière autonome. AMI Labs démontre qu’un des scientifiques les plus respectés pense que toute l’industrie fait fausse route. Ce qui se dessine n’est pas une accélération linéaire mais une fragmentation avec plusieurs visions concurrentes de ce que l’IA devrait être et de qui devrait la contrôler.


